Les fenêtres sont grandes ouvertes, j'écoute Take it easy de Ghinzu et c'est fou ce que cette chanson peut faire de bien, j'ai juste envie de tomber dans le ciel qui s'évapore doucement. Mon petit chat est à côté de moi, caché dans mes cheveux, une petite boulette grise marron clair complètement adorable, qui peut pas rester à plus d'un mètre de toi sinon elle pleure, qui prend tes mains tes feuilles et tes bics comme cibles préférées, quand ce ne sont pas tes cils (assez dur de ne pas cligner des yeux) etc. Conditions optimales pour étudier donc. Je n'envisage même pas cette session, j'arrive pas à me mettre dedans, j'y tomberai assez vite et là je sais même pas où je trouverai le temps pour inspirer expirer. J'ai peur de ce qui se passe et ce qui pourrait se passer, des conditionnels qui pourrissent mes pensées. On a toujours besoin des autres, pour les intercaler entre nous, combler le presque vide qui me donne le vertige. On n'existe plus vraiment. Tout me contrarie, enfin tout va à l'encontre de moi, se place en contre champ & tout fout le camp par la petite porte. Et c'est toujours ma faute bien sûr, je ne réagis même plus. Je n'ai plus envie de dire parce que ce n'est pas entendu, encore moins écouté. Alors je tourne en rond dans ces pièces qui me confrontent à moi-même, partout. Croiser des vies, se faire à manger, allumer les lampes, fermer les portes, ouvrir les yeux. Mettre la radio très fort pour avoir une présence, les soirées seules sont trop fréquentes et elles m'angoissent. Alors je parle à mes pâtes, à ma poubelle, au pommeau de douche, à la porte, à la mouche, j'insulte le shampooing, je rigole avec la tomate, bref, c'est l'éclate. Je déclame des passages de Belle du Seigneur à mon chat, ma voix me donne l'impression d'avoir une place dans ce trou d'air. Il faut bien s'extérioriser quand tout s'enferme à l'intérieur. Se verrouille. Je sais pas pourquoi j'ai acheté ce livre. Je passais rue du Midi, et il était là, dans la vitrine, avec un petit "4" à l'indélébile rouge, je me suis dit 'allez idiote, c'est quand même la plus belle histoire d'amour de toute la littérature' (j'infirmerai ou confirmerai dans quelques temps). Les visages sont sourds. Je vole les lumières des fenêtres d'en face. Je le cueille, je les attrape avec mes poings, comme Varda attrape ses camions; un glanage d'histoires, de courant qui passe. Toutes ces petites vies qui tournent autour de moi, enfermées. Je viendrai vous chercher. Je suis jalouse de débuts des autres, de la fraîcheur des yeux qui pétillent, des questionnements qui ne sont même pas encore nés, de la confiance, du besoin d'être un besoin à et pour, une envie, un manque un vide quand le temps met de la distance; des mots doux et frais, sincères, qui font pleurer tellement ils sont beaux. Des choses inattendues, des heures propices aux souvenirs et pas des minutes perdues et avalées, vite digérées, qu'on n'entendra plus. On se croise mais en sens inverse. Quelques fois les illusions sont là, reviennent. Je veux y croire, je veux y croire. On se décalque, on se bouffe et les projets, les utopies ne sont même plus évoquées parce que risibles, la grande maison le petit jardin. On a peur d'avancer, on veut reculer mais la linéarité l'empêche. Les comme avant ressortent, argument massue, principal. Le seul. On dirait que tout le monde s'amuse à aiguiser ses couteaux. Ne rentre pas trop tard surtout ne prends pas froid. Mais tu balances tes pieds dans le vide et je crains le pire. Je veux reconstruire mais le sol est boueux.
Ce n'est qu'un espoir parmi d'autres. Les gens ne sont même pas conscient de la brutalité des conversations, des mots anodins mais à retardement; en profondeur. J'aimerais (ré)susciter l'admiration. L'ivresse et le besoin de rien, de rien. J'aimerais éviter cette sensibilité stupide qui me fait raccrocher trop vite, j'aimerais décrocher les anciens portraits qui jaunissent sur les murs. J'aimerais me noyer dans une tasse de lait, entendre ce que je voudrais et voir ce qui brille encore. J'aimerais qu'on arrête de me surestimer, non je ne suis pas forte, non je ne passe pas à travers tout comme un fantôme. Non je ne suis pas morte comme je devrais. Un simple "ca ira?" et ça ne va pas, parce que là, là, je stagne.
pourquoi est-ce que quand j'ouvre l'itunes en aléatoire, c'est thirteen qui envahit? Moi je m'évanouis et mes bras ressemblent à des ailes de poulet, c'est le trop plein de tout. Chute ou point de tension, je me demande quand le fil va se rompre & m'étrangler.
Je t'aime maman.




